Barrière à l’entrée

 

Définition auteur

 

Premier aperçu

Une barrière à l’entrée désigne le fait que les conditions de marché (dans un secteur donné) limitent ou rendent impossibles l’entrée de nouvelles firmes sur le marché. Le concept de barrière à l’entrée est crucial dans l’orientation de la politique de la concurrence. La prise en compte de ce concept permet en particulier de mieux évaluer la contestabilité du marché ainsi que la présence de pouvoir de marché.

Il existe un débat académique sur la définition d’une barrière à l’entrée. Initialement, Bain (1956) définit une barrière à l’entrée comme toute situation qui permet à la firme établie d’obtenir des profits élevés sans que cela ne crée de menace d’entrée de nouveaux concurrents. Il identifie quatre éléments de structure de marché renforçant ce phénomène : les économies d’échelles, les avantages de coûts absolus (e.g., grâce à « l’apprentissage par la pratique »), les avantages liés à la différenciation des produits (e.g., licences, brevets), et les besoins en capitaux. Dans un second temps, Stigler (1968) offrira une définition alternative : une barrière à l’entrée se définit comme telle si la firme établie n’a pas eu à y faire face lors de son entrée sur le marché. Autrement dit, une barrière à l’entrée peut désigner toute nouvelle réglementation qui a été imposée sur le marché mais dont la firme établie a été exempte (présence de clause d’antériorité, un ancien monopole régulé etc…).

Le concept de barrière à l’entrée est souvent associé à la théorie des marchés contestables (Baumol et al., 1982). Selon cette théorie, un marché est dit contestable si les barrières à l’entrée - et à la sortie - du marché sont suffisamment faibles. La contestabilité du marché dépend de l’absence de coûts irrécouvrables et de la présence d’entrants potentiels menaçant la profitabilité de la firme établie.

 

Pour aller plus loin

Barrière à l’entrée et politique de la concurrence

Le concept de barrière à l’entrée joue un rôle décisif dans l’analyse concurrentielle. Les autorités de concurrence considèrent par exemple que pour limiter voire empêcher l’exercice du pouvoir de marché, l’entrée doit être rapide (moins de deux ans), probable (profitabilité de l’entrée), et suffisante (empêche la firme établie de renforcer son pouvoir de marché) (OECD, 2005).

La considération des barrières à l’entrée apparaît essentielle dans la politique du contrôle des concentrations. En effet, des barrières à l’entrée faibles peuvent réduire les effets unilatéraux issus d’une concentration, en ce sens qu’elles limitent la capacité des firmes à augmenter les prix après que celle-ci soit réalisée (Motta, 2004). Les lignes directrices sur les concentrations en Europe et aux Etats-Unis (EU Merger Regulation, 2004 ; US Merger Guidelines, 2010) prennent d’ailleurs en compte l’impact de l’entrée lors de l’évaluation de l’effet d’une concentration.

Barrière à l’entrée dite « structurelle »

Ce type de barrière est liée au secteur considéré (e.g., coûts, demande, technologie). Citons-en quelques-unes.

Coût irrécouvrable : ce coût subi est nécessaire pour entrer sur le marché et n’est pas récupérable à la sortie du marché (indépendant du niveau et de la durée de la production). Ce coût est typiquement présent dans les industries de réseau.

Economies d’échelle : elles sont la résultante de la présence de coûts fixes (bâtiments, équipements). Comme le coût moyen diminue à mesure que la production augmente, une firme entrante aura besoin d’entrer sur le marché avec de grands volumes pour être viable face à un concurrent établi. Exigence de capitaux : souvent associés aux coûts irrécouvrables, une exigence de capitaux élevés peut limiter l’entrée de concurrents sur le marché.

Contraintes juridiques et réglementaires : les restrictions issues de la régulation peuvent restreindre l’entrée sur le marché. Par exemple, les marchés de taxis sont souvent régulés avec une limite à l’octroi de nouvelles licences. Un autre exemple est la sévérité de la politique du contrôle des concentrations qui peut dissuader l’entrée sur un marché, car élevant les barrières à la sortie de celui-ci (Mason & Weeds, 2013).

Barrière à l’entrée dite « stratégique » ou « comportementale »

Ce type de barrière fait référence aux stratégies des firmes établies pour préserver ou augmenter leur pouvoir de marché en dissuadant l’entrée de concurrents.

Accords de reports d’entrée : ils peuvent porter sur les brevets et être considérées comme des barrières à l’entrée (Hatton et al., 2020).

Forclusion : cet acte désigne le plus souvent la restriction d’accès à une ressource essentielle de la part de la firme établie, ce qui bloque l’entrée sur le marché.

Clauses contractuelles (e.g., discriminatoires et d’exclusivité) : ces clauses peuvent restreindre l’entrée effective de concurrents et coïncident souvent avec un abus de position dominante de la firme établie.

Contrats de long terme : ils peuvent limiter la migration de consommateurs vers des contrats concurrents, ce qui réduit la profitabilité de l’entrée (e.g., contrats dans les télécoms et l’énergie).

Barrière à l’entrée et marchés numériques

L’effet de réseau est une barrière à l’entrée structurelle, qui est devenue capitale sur les marchés numériques. Cette barrière implique plusieurs effets : effets de verrou, de renversement, et du « vainqueur qui remporte tout ». Une autre barrière structurelle est celle des données. En effet, l’exploitation des données permet de fournir des produits personnalisés aux consommateurs. En plus d’alimenter les effets de réseau, l’exploitation des données implique des effets d’échelle et d’envergure, ce qui renforce la position de marché de la firme établie. Les données peuvent d’ailleurs devenir une ressource essentielle que les entrants pourront difficilement reproduire.

La vente liée est une barrière à l’entrée stratégique, très prégnante dans les marchés numériques caractérisés par des écosystèmes de produits et services complémentaires (e.g., Google, Amazon). La discrimination par les prix liée aux données est une autre barrière stratégique, en ce sens que, grâce aux algorithmes et au big data, la firme établie peut mieux cibler les consommateurs et leur faire des offres intéressantes.

En remarque, l’appréciation des barrières à l’entrée sur les marchés numériques devrait connaître des évolutions, ces marchés connaissant un rythme d’innovation rapide.

 

Bibliographie

Bain, J. S. (1956). Barriers to new competition : their character and consequences in manufacturing industries

Baumol, W. J., Panzar, J. C., & Willig, R. D. (1983). Contestable markets : An uprising in the theory of industry structure : Reply. The American Economic Review, 73(3), 491-496

Catriona Hatton, Paul Lugard , Daniel Vasbeck , The EU Court of Justice clarifies for the first time when patent settlement agreements that restrict a generic pharmaceutical company’s ability to enter the market infringe the EU antitrust rules (Generics - UK), 30 January 2020, e-Competitions January 2020, Art. N° 93745

European Commission (2004), EU Merger Regulation

Federal Trade Commission and US Department of Justice (2010), Horizontal merger guidelines

Mason, R., & Weeds, H. (2013). Merger policy, entry, and entrepreneurship. European Economic Review, 57, 23-38

Motta, M. (2004). Competition policy : theory and practice. Cambridge University Press

OECD (2005), Barriers to Entry, (Best Practices Roundtable)

Stigler, G. J. (1968). Price and non-price competition. Journal of Political Economy, 76(1), 149-154

Thiemann A., Neto A., Barriers to entry in the digital market : An overview of EU and national case law, 12 mai 2021, e-Competitions Barriers to entry in the digital market, Art. N° 100184

Tirole, J., & Jean, T. (1988). The theory of industrial organization. MIT press

Cet article est en cours de relecture par la Directrice Scientifique du Dictionnaire.

Auteur

Citation

Jean-Marc Zogheib, Barrière à l’entrée, Dictionnaire de droit de la concurrence, Concurrences, Art. N° 12145

Visites 49605

Éditeur Concurrences

Date 1er janvier 1900

Nombre de pages 500

 

Définition institution

Facteurs qui empêchent ou entravent l’entrée d’entreprises sur un marché donné. Elles peuvent résulter par exemple d’une structure de marché particulière (segment coûts fixes irrécupérables, fidélité des consommateurs aux marques des produits existants) ou du comportement des entreprises déjà en place. Il convient de souligner que les gouvernements peuvent également être à l’origine de barrières à l’entrée (par exemple, conditions de licence et autres réglementations). Commission européenne

Ce sont tous les obstacles qui empêchent ou découragent l’entrée de nouvelles entreprises dans un secteur d’activité, même lorsque les entreprises en place dégagent des profits excessifs. Ces barrières sont soit structurelles (non délibérées) soit stratégiques. On les qualifie souvent de barrières économiques dans le premier cas, et de barrières « de comportement » dans le second. Les barrières structurelles à l’entrée découlent des caractéristiques fondamentales du secteur en cause comme la technologie, les coûts et la demande. Il existe certaines controverses sur le point de savoir quels sont les facteurs qui constituent des barrières structurelles effectives. Dans la définition la plus large, celle de Joe Bain, les barrières à l’entrée sont le résultat de la différenciation des produits, des avantages absolus de coût des entreprises en place et des économies d’échelle. La différenciation des produits joue en faveur des entreprises déjà sur le marché, car les nouveaux entrants doivent surmonter le handicap que représente la fidélisation des consommateurs à certaines marques. Les avantages absolus en termes de coûts signifient que le nouvel entrant sur le marché ne pourra produire qu’à des coûts unitaires supérieurs, quel que soit le niveau de production, parfois parce qu’il utilise une technologie moins performante. Enfin, les économies d’échelle limitent le nombre des firmes pouvant produire au coût minimum sur un marché d’une taille déterminée. George Stigler donne une définition plus étroite des barrières structurelles. Selon lui, il n’y a barrière à l’entrée que lorsqu’un nouvel entrant doit supporter des coûts que les firmes en place ne supportent pas. Cette definition exclut les économies d’échelle comme barrière. Le débat est toujours en cours pour savoir si la définition de Stigler inclut les coûts auxquels les firmes en place n’ont pas encore été confrontés au moment considéré et ceux qu’elles n’ont jamais encourus. D’autres économistes soulignent que les coûts irrécupérables constituent d’importantes barrières à l’entrée. En effet, ces coûts doivent être supportés par les nouveaux entrants, alors que pour les firmes installées ils appartiennent au passé. Par ailleurs, les coûts irrécupérables limitent les possibilités de sortie à bon compte du marché et imposent donc un risque supplémentaire aux entrants potentiels. Les barrières stratégiques à l’entrée résultent du comportement des firmes en place. Celles-ci peuvent notamment agir pour rehausser les barrières structurelles ou menacer de retorsion les firmes postulantes qui oseraient pénétrer effectivement sur le marché. Toutefois, ces menaces doivent être crédibles et donc les entreprises déjà implantées doivent avoir intérêt à les mettre à exécution en cas d’entrée effective. Les stratégies de dissuasion auxquelles les entreprises installées ont recours font souvent intervenir certains procédés d’accaparement. On citera notamment l’accaparement de moyens de production, qui consiste pour une firme en place à se doter de surcapacités de production afin d’être en mesure de menacer d’une guerre des prix celles qui entreraient effectivement sur le marché. Les firmes installées peuvent également créer artificiellement de nouvelles marques et de nouveaux produits pour limiter les possibilités d’imitation ; cette stratégie est sujette à de nombreuses controverses. On notera également que les pouvoirs publics peuvent eux-mêmes créer des barrières à l’entrée en mettant en place des procédures d’autorisation ou d’autres types de réglementation. © OCDE

 
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